Sa meilleure amie s'assit sur les genoux de son mari : sa réponse glaça la table
En revenant à table, Aurélie trouva sa meilleure amie assise sur les genoux de son mari, devant trente personnes. Elle n'a pas crié. Elle a juste proposé de faire pareil.

Le retour à table
La brasserie du Vieux-Lille était pleine à craquer. On fêtait les quarante ans de Thomas, un collègue de Julien, et une trentaine de personnes occupaient la grande salle du fond, sous les miroirs et les boiseries.
Aurélie s'était absentée cinq minutes, le temps de passer aux toilettes et de répondre à un message de la baby-sitter. Quand elle revint dans la salle, elle s'arrêta à l'entrée.
Sabrina était assise sur les genoux de Julien.
Pas sur l'accoudoir. Pas penchée pour lui dire un secret. Assise, un bras passé autour de son cou, la tête légèrement inclinée vers la sienne. Sa propre chaise, vide, était à moins d'un mètre.
Sabrina était la meilleure amie d'Aurélie depuis quatorze ans. Elle l'avait aidée à choisir sa robe de mariée. Elle avait pleuré pendant les vœux. Elle était la marraine de leur fils.
Et quand elle croisa le regard d'Aurélie, elle ne sursauta pas. Elle sourit. Et resserra son bras.
« On plaisante »
Aurélie traversa la salle lentement. Elle sentait les regards se poser sur elle, un par un. Julien, lui, avait perdu son sourire d'un coup.
— Qu'est-ce que tu fais, Sabrina ? demanda-t-elle, d'une voix basse.
— Oh, détends-toi ! On rigole. Tu sais bien que c'est pour rire.
— C'est rien, chérie, ajouta Julien. Vraiment.
Mais aucun des deux ne bougea. Aurélie regarda la chaise vide, puis le bras toujours posé sur la nuque de son mari. De l'autre côté de la table, Fabrice, le mari de Sabrina, fixait son verre. Il n'avait pas l'air surpris. Il avait l'air fatigué. Comme quelqu'un qui reconnaît une scène qu'il a déjà vue.
Aurélie sentit la colère lui brûler la gorge. Mais elle connaissait la suite si elle explosait : demain, tout le monde parlerait de « la crise d'Aurélie ». Alors elle sourit, à son tour.
— D'accord. Si c'est un jeu, je joue aussi.
Elle fit le tour de la table et posa la main sur l'épaule de Fabrice.
— Je m'installe sur les genoux de ton mari, alors.

Le jeu qui ne faisait plus rire
Sabrina se leva si vite que sa chaise faillit basculer.
— Pardon ?
— Puisque c'est pour rire, dit Aurélie calmement. Toi sur Julien, moi sur Fabrice. C'est drôle, non ?
— Tu délires ? Ça ne se fait pas !
Personne ne parla. Sabrina venait de résumer, mieux que quiconque, tout ce qu'Aurélie pensait.
— Ah, ça ne se fait pas, répéta Aurélie. Donc quand c'est toi, c'est une blague, et quand c'est moi, c'est interdit. Explique-moi la différence.
— Tu retournes tout. Tu fais toujours des drames avec rien.
— Je ne t'ai accusée de rien, Sabrina. Je t'ai vue revenir vers ma chaise, me voir, et choisir de rester où tu étais. Alors dis-moi ce qu'il y avait de drôle. Je voudrais rire aussi.
Sabrina attrapa son sac.
— Quatorze ans d'amitié, et tu me fais ça. Tu devrais savoir que je ne ferais jamais rien de mal.
— Quatorze ans, c'est largement assez pour connaître la limite.
Sur le trottoir
Aurélie sortit prendre l'air sur la place, sous les guirlandes. Julien la rejoignit presque aussitôt.
— Je suis désolé. J'aurais dû la faire lever tout de suite.
— Pourquoi tu ne l'as pas fait ?
Il hésita.
— Je ne voulais pas la mettre mal à l'aise devant tout le monde.
— Et moi, alors ? Ça ne te gênait pas que je le sois ?
Julien baissa la tête. Puis il avoua ce qu'il n'avait jamais osé dire. Depuis deux ans, Sabrina lui faisait des remarques. Que s'ils divorçaient un jour, elle « le récupérerait ». Qu'Aurélie avait bien de la chance qu'il soit resté aussi séduisant. Il avait toujours ri, en pensant que lui en parler créerait des histoires pour rien.
Le téléphone d'Aurélie vibra. Un message de Sabrina : « Bravo pour le spectacle. Tu ne supportes pas qu'on fasse attention à moi, c'est tout. »
Puis un second message arriva. Celui-là venait de Nadia, une collègue de Julien, assise deux places plus loin pendant le repas : « Je crois que tu dois savoir ce que Sabrina a dit juste avant de s'asseoir sur lui. Elle a parié avec deux filles que tu ne dirais rien, “parce qu'Aurélie n'ose jamais rien dire”. »

Ce qu'Aurélie osa
Aurélie relut la phrase plusieurs fois. Quatorze ans. Quatorze ans pendant lesquels elle avait toujours cédé, toujours arrondi les angles, toujours excusé les « petites blagues » de Sabrina.
Elle rentra dans la brasserie. Elle ne fit pas d'esclandre. Elle alla vers Fabrice, qui était resté seul à table, et lui tendit son téléphone. Il lut le message, ferma les yeux, puis hocha lentement la tête.
— Ce n'est pas la première fois, dit-il. Merci de ne pas avoir fait comme moi. Moi, je me tais depuis des années.
Aurélie récupéra son manteau, souhaita un bon anniversaire à Thomas, et rentra avec Julien. Dans la voiture, il lui prit la main et lui fit une promesse simple : plus jamais il ne laisserait quelqu'un la faire passer pour la folle de l'histoire.
Le lendemain, elle écrivit un seul message à Sabrina : « Je ne suis pas jalouse. Je suis partie. » Puis elle la bloqua.
Six mois plus tard, Fabrice lui envoya une carte. Il s'était installé à Arras, seul, et il allait bien. Au dos, il avait écrit : « Vous avez osé. Ça m'a donné le courage d'oser aussi. »
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Récit de fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait fortuite.



